Au-delà des calories: les facteurs cachés qui font vraiment la différence

En 1782, Antoine Lavoisier et Pierre-Simon Laplace utilisent un tout premier calorimètre à glace pour quantifier la chaleur dégagée lors de réactions chimiques en la reliant à la quantité de glace fondue. Leur approche repose sur une idée de Joseph Black: la chaleur latente, qui permet d’utiliser la glace qui fond comme un outil pour mesurer la chaleur. Ces expériences ont posé les bases de la thermochimie.

Un peu plus tard, entre 1819 et 1824, le mot «calorie» a été introduit par le français Nicolas Clément, dans ses cours sur la chaleur et les machines à vapeur. À l’origine, c’était une unité utilisée en ingénierie pour quantifier une quantité de chaleur, par exemple la chaleur nécessaire pour augmenter d’environ 1°C la température d’une certaine masse d’eau: 1 gramme pour la “petite calorie” (cal) ou 1 kilogramme pour la “grande calorie” (Cal ou kcal), celle qu’on utilise en nutrition.

On s’en servait pour comparer l’énergie produite par différents combustibles et estimer le rendement des machines à vapeur, donc leur capacité à transformer la chaleur en travail mécanique.

En 1881, le chimiste français Marcellin Berthelot met au point un calorimètre à bombe.

Le calorimètre à bombe est un appareil qui mesure la chaleur libérée quand on brûle complètement un échantillon dans un récipient scellé, rempli d’oxygène sous pression. La “bombe” (le récipient) est immergée dans l’eau, puis on suit la hausse de température avec un thermomètre et une agitation contrôlée, ce qui permet de calculer la chaleur de combustion (énergie brute).

En 1892, Mahler modifie l’instrument en remplaçant la doublure par un revêtement d’acier émaillé, puis d’autres chercheurs et fabricants, dont Wilbur Olin Atwater, contribuent à l’améliorer et à l’adapter à différents usages.

Un peu plus tard, Atwater se pose différentes questions. Il se demande combien d’énergie les aliments peuvent réellement fournir au corps humain. Il commence par mesurer l’énergie brute des aliments avec un calorimètre à bombe, puis il corrige ces valeurs pour les rendre plus “nutritionnelles”, en tenant compte de ce qui n’est pas absorbé (pertes dans les selles) et de ce qui est éliminé dans l’urine. C’est cette démarche qui a mené aux facteurs pratiques devenus célèbres, environ 4 Cal/g pour les glucides et les protéines, et 9 Cal/g pour les lipides, des valeurs arrondies pour simplifier leur utilisation.

Atwater a ensuite travaillé avec le physicien Edward Bennett Rosa et le nutritionniste Francis Gano Benedict pour concevoir le premier calorimètre direct, assez grand pour accueillir des sujets humains pendant plusieurs jours. Avec cette machine, on pouvait quantifier la dynamique du métabolisme et mesurer la relation entre l’apport alimentaire et la dépense énergétique.

En 1896, ils ont lancé une série d’expériences qui allait en compter près de 500 au total. Grâce à ces travaux, ils ont pu créer un système, qui est devenu connu sous le nom de « système d’Atwater », pour mesurer l’énergie en unités appelées calories alimentaires.

Encore aujourd’hui, le calorimètre à bombe est utilisé dans plusieurs domaines, dont l’analyse de combustibles, le secteur des déchets et de l’incinération, l’alimentation et les études métaboliques, les explosifs, la thermochimie ainsi que l’enseignement en laboratoire.

Thermodynamique, convertir la chaleur en travail 

Alors, à la base, la calorie sert à quantifier la chaleur produite par un combustible, ce qui permet de comparer l’énergie disponible dans des systèmes de combustion, par exemple un four industriel, qu’on peut parfois décrire comme un système fermé.

Le 1er principe de la thermodynamique dit que l’énergie ne se crée pas et ne se détruit pas, elle se transforme. Donc l’énergie de la nourriture consommée peut devenir du mouvement, de la chaleur, du stockage, etc.

Le 2e principe ajoute le “mais”: chaque transformation a des pertes, il y a toujours une partie de l’énergie qui se dissipe en chaleur, alors tu n’auras jamais un rendement parfait, ni dans une machine, ni dans un corps humain.

Le corps humain n’est pas un système fermé

Le corps humain n’est pas un système fermé, car il gère une foule de systèmes qui interagissent en continu, par exemple le système digestif, le système endocrinien, le système nerveux, le système immunitaire et le microbiote. De la bouche jusqu’aux foufounes, une molécule de glucose (comme de l’amidon par exemple), peut être dégradée par tes enzymes, transformée par tes microbes, absorbé à des vitesses différentes, puis orienté vers le stockage ou l’oxydation selon des centaines de facteurs: sommeil, stress, activité, état métabolique, composition du repas, degré de cuisson, mastication, santé intestinale, etc.

Pourquoi la calorie reste le standard

C’est quand même étrange qu’on utilise la même unité de mesure pour la nutrition et pour le travail des machines. Pourtant, c’est le standard adopté: les calories sont partout sur les étiquettes, elles servent de repère, et malheureusement, elles sont souvent utilisées comme argument marketing pour la vente de produits.. «faible en calories», «100 calories seulement», et ainsi de suite.

Les étiquettes alimentaires donnent une estimation utile, mais pas une vérité absolue, parce que les portions sont souvent approximatives et les produits varient d’un lot à l’autre.

C’est pratique pour faire des calculs rapides, mais ça ne dit pas tout sur ce que ton corps absorbe réellement, sur la dépense liée à la digestion, ni sur l’effet sur l’appétit, la glycémie et la satiété.

Affichage et calcul des calories

Au Canada, la “calorie” affichée sur la table de valeur nutritive repose essentiellement sur l’approche Atwater: l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) indique que l’énergie se calcule en multipliant les grammes de protéines par 4 Cal/g, les lipides par 9 Cal/g et les glucides par 4 Cal/g, en utilisant les valeurs non arrondies pour ses calculs de conformité puis en arrondissant le total pour l’étiquette.

L’agence précise aussi que la portion “glucides” peut valoir moins que 4 Cal/g si elle inclut des fibres, avec une valeur typique de 2 Cal/g pour la fibre alimentaire.

Valeur énergétique moyenne des éléments nutritifs 

Élément nutritif Cal/g kJ/g 
Protéines 17 
Lipides 37 
Glucides17 
Alcools 29 

Pourquoi le Canada a-t-il adopté le système Atwater?

Le Canada a adopté le système Atwater pour calculer les calories sur les étiquettes nutritionnelles depuis l’entrée en vigueur obligatoire du tableau « Valeur nutritive » au milieu des années 2000. Ce système a été développé et standardisé par le Département américain de l’Agriculture (« USDA ») à la fin du XIXe siècle. [1] Le choix du Canada s’explique par des raisons pratiques: harmonisation avec les États-Unis et uniformité mondiale de l’étiquetage. C’est donc une décision pour faciliter le commerce et assurer une cohérence réglementaire.

Même énergie sur papier, effets différents dans le corps

Quand on vise à perdre du poids, le réflexe est de réduire le gras de notre alimentation. Les lipides et glucides n’ont pas le même effet dans le corps. Oui, sur papier, tu peux calculer des calories, mais à l’intérieur, la digestion, la réponse hormonale, la satiété, la stabilité d’énergie et même la façon dont ton corps utilise ou stocke cette énergie peuvent être très différentes. [2]

Dans certains contextes, tu peux avoir beaucoup plus « pour ton argent » avec les gras qu’avec les glucides. La densité énergétique supérieure des lipides permet d’obtenir une quantité d’énergie bien plus importante pour le même volume ou le même poids d’aliment. Les gras sont aussi métabolisés beaucoup plus lentement que les glucides, alors ça évite les pics et chutes rapides de glycémie, qui sont typiques après un repas riche en glucides simples. L’énergie est plus stable et durable.

Grâce à cette libération progressive, l’énergie est soutenue sur une plus longue période. Cette stabilité se traduit par une meilleure satiété globale, moins de fringales incontrôlables et une sensation de plénitude qui dure.

Malheureusement, le système de calories échoue ici.

Le corps a besoin de matières premières, pas juste d’énergie

Il y a un autre point que beaucoup oublient: ton corps n’est pas juste un moteur avec un réservoir d’énergie. Il est construit avec des tissus et des molécules qui demandent des matières premières. Les protéines sont les briques de tes organes, de tes enzymes et de tes muscles.

Le cholestérol quant à lui sert de base à plusieurs hormones et structures cellulaires. Quand tu manges, tu ne fais pas juste « remplir un compteur de calories », tu alimentes aussi une biologie.

Aucun système n’est parfait. Tous ces systèmes ont leurs limites: un « score de satiété » par exemple peut faire paraître la laitue incroyable parce qu’elle remplit l’estomac, mais du côté des nutriments réellement assimilés, l’histoire peut être très différente de celle d’une portion équivalente de viande fraîche. Sans compter que manger d’énormes quantités de légumes vient aussi avec des limites digestives. J’en ai moi-même fait l’expérience à quelques reprises. Disons que le brocoli en surcharge, ça ne pardonne pas.

À mon avis, le système d’Atwater (les calories) reste le plus imparfait de tous.

Est-ce qu’une calorie est vraiment une calorie lorsqu’on parle de nutrition?

La calorie mesure une quantité d’énergie, mais elle ne décrit pas le carburant, ni la qualité de ce dernier, ni ses effets sur ton métabolisme, tes hormones et ton comportement alimentaire.

La théorie du «calories entrantes, calories sortantes», tu connais? En anglais, on parle souvent de CICO (« Calories In, Calories Out »). Une grande partie des experts en nutrition et en conditionnement physique ne jurent que par ce concept.

Certains vont même jusqu’à blâmer leur client avec des phrases comme: « Si tu ne perds pas de poids, c’est que tu consommes plus de calories que tu en brûles. C’est de ta faute. Tu es le problème. »

La calorie, c’est un peu comme le poids sur une balance: ça te donne une information, mais ça ne dit pas toute l’histoire. Une variation de poids ne reflète pas seulement une variation de gras corporel, ça peut aussi venir de l’eau, du glycogène, du muscle et/ou du contenu intestinal (ex: selles). C’est un cadre utile pour comprendre la variation de poids, mais quand on le réduit à « tout est juste des calories », on passe à côté de la qualité des aliments, de la santé métabolique et de ce qui se passe réellement dans le corps.

Une boisson protéinée à base de lactosérum (protéine « whey ») peut parfois “équivaloir” une portion de viande rouge en protéines et même en calories, mais elle n’apporte pas la même matrice alimentaire ni le même profil de micronutriments.

C’est le problème avec les calories: elles peuvent nous donner l’illusion qu’on nourrit bien notre corps, alors qu’en réalité, on peut manquer de nutriments essentiels comme du fer héminique, du zinc et de la vitamine B12 par exemple.

De plus, ta dépense énergétique quotidienne totale (« Total Daily Energy Expenditure (TDEE)« ) peut changer selon ta taille, tes hormones, la température, la qualité de ton sommeil, ton niveau de stress et l’adaptation métabolique, ce qui fait que la même quantité d’énergie ingérée peut te donner des résultats différents dans le temps.

Je crois que tu commences à saisir ce que je veux vraiment dire: je n’aime pas vraiment le concept des « calories ». En réalité, on ne consomme pas des calories, on consomme des aliments qui apportent différents nutriments.

Ce sont ces aliments que le corps transforme et convertit en énergie pour fonctionner. Bien sûr, si tu te forces à manger beaucoup plus que ta faim ne te le demande, pendant plusieurs semaines, tu risques fortement de stocker cet excès d’énergie sous forme de graisse. Est-ce un « surplus de calories »? Pas vraiment. Le corps, lui, ne connaît pas les calories: il réagit simplement à un surplus d’énergie. C’est cet excès d’énergie qui, au bout du compte, favorise la prise de gras.

Alors, qu’est-ce qu’on fait quand on veut couper

Lorsqu’on décide de prendre sa santé en main ou de perdre du poids, les calories sont généralement la première chose qu’on regarde. On se dit: « Avant, je mangeais trop (2300 Cal et plus par jour), alors je dois descendre à 1800 pour perdre du poids. »

On s’est peut-être déjà fait dire que le gras fait engraisser et qu’un gramme de lipides contient 9 Cal, contre seulement 4 Cal pour un gramme de glucides.

Alors, on coupe le gras le plus possible parce que « ça coûte plus cher » en calories. (les fameux régimes « low-fat« , n’est-ce pas?).

Le hic, c’est qu’on finit souvent par ramer à contre-courant. En effet, certains aliments riches en sucre et en amidon font grimper la glycémie beaucoup plus haut et, si on répète ça plusieurs fois par jour, la perte de graisse devient nettement plus difficile.

C’est là que ton coach, qui ne jure que par le CICO, commence à t’accuser de ne pas vraiment être en déficit, même si tu sais très bien que tu es à 1800 Cal par jour, tout en étant fatigué, déprimé et affamé.

Contrairement à ce que les médias et les « experts » nous répètent depuis des années, une calorie ne dit pas grand-chose sur la santé, les nutriments et la gestion du poids.

Avant de couper dans l’énergie consommée pour perdre du poids, il faut d’abord rétablir ta santé métabolique. Si tu sous-manges chroniquement depuis longtemps sans perdre de poids malgré un surplus visible, tes hormones sont probablement déséquilibrées: résistance à l’insuline probable, cortisol élevé, thyroïde ralentie, inflammation chronique. Même chose si tu t’entraînes dur sans gagner de muscle ni perdre de gras: ton corps est possiblement en mode survie, carencé en nutriments et énergie. Avant toute transformation physique ou mentale, restaure ton équilibre hormonal.

Hormones et répartition des nutriments

Deux apports caloriques identiques peuvent mener à des résultats différents selon le contexte hormonal et physiologique d’une personne.

Les aliments ingérés et les nutriments qu’ils contiennent, l’insuline, la thyroïde, le cortisol, les hormones sexuelles, la santé de ton microbiote et ton statut d’entraînement influencent si cette énergie est brûlée pour le métabolisme quotidien, stockée sous forme de graisse ou de glycogène, utilisée pour reconstruire des tissus, dirigée vers la récupération… ou tout simplement éliminée dans les selles sans avoir été absorbée.

C’est une des raisons pour lesquelles deux personnes mangeant exactement le même nombre de « calories » peuvent avoir des résultats très différents.

Le corps s’adapte au déficit et au surplus énergétique

À un moment donné, si un déficit est trop agressif ou maintenu trop longtemps, le corps s’adapte pour conserver ses ressources. On voit souvent des personnes qui ont encore des dizaines de lb/kg à perdre, qui sont déjà descendues à 1200-1500 calories par jour, qui stagnent malgré tout.

Le corps n’est pas un poêle à bois: il ne brûle pas mécaniquement tout ce que tu lui donnes. Quand il perçoit un manque chronique d’énergie et de nutriments essentiels, il passe en mode économie d’énergie (« adaptive thermogenesis« ) [3].

Il ralentit le « moteur »: la dépense énergétique totale diminue. Il coupe dans les fonctions non essentielles à court terme tout en priorisant la survie immédiate.

Ça se traduit souvent par de la fatigue, un sommeil affecté, une baisse de libido, une perte de cheveux, une humeur plus fragile, une récupération plus lente, un système immunitaire moins solide, un métabolisme de base plus lent, une faim persistante et une perte de poids qui ralentit ou s’arrête, même avec un apport « calorique » très bas. C’est une réponse de protection biologique normale. Le corps rend la perte de poids durable beaucoup plus complexe que le simple calcul « calories in vs calories out« .

En gros, les calories te disent environ combien d’énergie un aliment contient, mais elles ne te disent pas ce qu’il apporte comme matériaux et cofacteurs. Vitamines, minéraux, acides aminés, acides gras essentiels et composés bioactifs peuvent varier énormément entre deux aliments qui ont pourtant un nombre de calories similaire.

Suralimenté, mais carencé

En anglais on dit « overfed, but undernourished« . Suralimenté, mais carencé veut dire qu’une personne peut manger beaucoup, mais quand même manquer de nutriments essentiels. Ça arrive souvent quand l’alimentation est riche en produits ultratransformés, denses en énergie, mais pauvres en vitamines, minéraux et macros de qualité. Résultat, tu peux avoir assez, même trop d’énergie, tout en restant “vide” sur le plan nutritionnel.

Une personne peut manger des céréales sucrées au déjeuner, une pizza le midi, des pâtes et du pain au souper, un fruit ici et là, un yogourt sucré et du chocolat en dessert. Elle a clairement le ventre plein, mais elle peut quand même être carencée. Ça passe bien à l’âge de l’adolescence, mais sa santé risque de lui envoyer des signaux dans quelques années.

C’est pour ça que j’essaie de bien choisir mes mots quand on me parle de diète et de perte de poids. Beaucoup de gens pensent que la calorie est au centre de tout, alors que les calories donnent surtout une idée de l’énergie globale consommée, sans dire grand-chose sur ce que ton corps reçoit vraiment.

La qualité de ce que tu manges compte autant pour ta perte de poids que pour ta santé. À quoi bon perdre du poids si tu as toujours faim parce que tu es carencé?

Manger juste pour satisfaire tes papilles et tes pics de dopamine peut fonctionner un petit bout, mais manger pour soutenir tous tes systèmes, hormones, muscles, cerveau, digestion, c’est une approche qui se construit pour la vie.

Il n’est jamais trop tard pour changer.

Calories et vitesse. Même carburant, même distance… résultats différents

Admettons que le corps humain est une voiture.

Deux voitures identiques qui doivent parcourir exactement la même distance. Alors, même voiture, même distance, même quantité et qualité de carburant.

La première voiture roule à 80 km/h et la deuxième à 200 km/h… ces vitesses représentent différents styles de vie et métabolismes.

À 80 km/h, le moteur tourne dans une zone efficace, il consomme modérément et s’use moins; c’est l’image d’un métabolisme en santé, avec des mitochondries efficaces et des hormones relativement stables. On arrive à destination sans manquer d’essence et avec un métabolisme en santé.

À 200 km/h, pour la même distance, la voiture doit fournir beaucoup plus d’effort: la résistance augmente, la consommation explose et l’usure aussi. Ça ressemble à un corps en stress chronique, en inflammation ou en dérèglement métabolique, où l’énergie coûte plus cher à produire et à gérer.

Le concept des calories ne peut pas être universel et applicable à tous, car des centaines de variables peuvent influencer l’absorption et la gestion de l’énergie.

Même ton propre corps, avec ou sans un extra de 30lb, ne gère pas l’énergie de la même façon.

Les organismes vivants font preuve d’un dynamisme incroyable.

Le budget calorique

On entend souvent que “ce qui se mesure se gère” et que ne pas compter ses calories, c’est comme vouloir économiser sans jamais regarder son budget.

À première vue, ça semble logique. Mais comparer les calories à un budget financier est trop simpliste. Dans un vrai budget, on ne compte pas juste les dépenses: on vérifie la qualité des achats, les revenus réels, les imprévus, les intérêts et les investissements. Avec les calories, c’est pareil. Le chiffre brut ignore la santé métabolique, la qualité des nutriments, l’inflammation, le sommeil, le stress, la digestion (certains aliments sont partiellement expulsés sans absorption) et des centaines d’autres variables.

Deux personnes avec le même poids, au même “budget calorique”, peuvent donc avoir des résultats totalement différents. Pour gérer ta santé, il ne suffit pas de compter les calories: il faut analyser l’ensemble. Nutriments, hormones, inflammation, sommeil, pas juste un chiffre sur une application.

Plutôt que de s’acharner sur un chiffre calorique brut, il serait beaucoup plus avantageux de compter les macronutriments en grammes (protéines, lipides, glucides) tout en priorisant des aliments de qualité, nutritifs et riches en micronutriments, afin de maximiser l’apport réel en nutriments essentiels.

Pour conclure

Une calorie est simplement une unité de chaleur, mais malheureusement, le corps humain n’est pas un simple four, c’est plutôt une usine complexe.

La “santé” de ton métabolisme dépend en grande partie de l’efficacité mitochondriale, de la capacité de tes cellules à transformer les nutriments en énergie (ATP) avec un minimum de pertes et sans production excessive d’espèces réactives de l’oxygène (ERO, le stress oxydatif ou « Reactive Oxygen Species » (ROS)).

Quand le corps vit un stress chronique (on s’entend, le stress est omniprésent dans notre vie moderne), les signaux neuroendocriniens peuvent réduire la dépense énergétique en modulant des hormones comme la thyroïde et la leptine, ce qui peut ralentir le métabolisme, modifier l’appétit et favoriser le stockage de graisse.

Résultat, avec le même repas, deux personnes peuvent utiliser l’énergie différemment: l’une en brûle plus et l’autre en stocke plus.

Les calories peuvent être utiles pour se donner une idée générale de où on se situe et où on veut aller. Ça aide à fixer des objectifs concrets, comme perdre, maintenir ou prendre du poids: en gros, moins de « calories » ingérées, c’est moins d’énergie ingérées. Mais elles ne forment pas un modèle complet de la santé. Elles ne capturent ni la qualité des aliments, ni l’impact hormonal, ni la satiété réelle, ni la composition corporelle (muscle vs graisse), ni la capacité du corps à bien fonctionner au quotidien (énergie, humeur, sommeil, récupération…).

Voici les facteurs non caloriques qui déterminent ce que le corps fait réellement avec les aliments que l’on consomme.

  • Microbiote intestinal: Les bactéries influencent la quantité d’énergie réellement absorbée des aliments (certaines personnes extraient plus d’énergie du même repas que d’autres).
  • Qualité de la digestion: La production d’enzymes, l’acidité gastrique et le flux biliaire déterminent la dégradation des nutriments et l’utilisation effective de l’énergie.
  • Hormones et inflammation: Le cortisol, la résistance à l’insuline, la fonction thyroïdienne ou l’inflammation chronique modifient le taux métabolique et le stockage des graisses.
  • Sommeil, stress et rythme circadien: Le stress, un mauvais sommeil ou des repas tardifs altèrent la dépense énergétique et les signaux de faim.
  • Qualité des aliments: Les aliments ultratransformés vs aliments entiers ne sont pas absorbés et gérés de la même façon par le corps.
  • Facteurs épigénétiques: Le mode de vie et l’expression génique modifient la façon dont le métabolisme répond.
  • Densité mitochondriale et masse musculaire: Avoir plus de mitochondries (souvent développé par l’entraînement en force) augmente le métabolisme de base et la capacité à oxyder les graisses, permettant de brûler plus d’énergie au repos et en activité comparé à quelqu’un avec moins de muscle ou de mitochondries.
  • Mouvement et niveau d’activité: Un mouvement quotidien plus élevé (NEAT) et un exercice structuré augmentent la dépense énergétique globale, améliorent la fonction mitochondriale et optimisent l’utilisation de l’énergie plutôt que le stockage.
  • Stress et traumatismes: Le stress chronique et les traumatismes non résolus élèvent le cortisol, perturbent l’équilibre hormonal, réduisent l’efficacité métabolique et favorisent le stockage de graisse (surtout viscérale) tout en altérant l’utilisation de l’énergie.
  • Bonheur global, relations, amour, câlins et contact physique: Des connexions sociales positives, des relations significatives et l’affection physique (câlins, toucher) libèrent de l’ocytocine, abaissent le cortisol, diminuent la faim liée au stress ou l’inflammation, et soutiennent une meilleure santé métabolique, une régulation émotionnelle et une adhésion durable aux habitudes saines.

Le concept « une calorie est juste une calorie » est ambigu. Il faut souligner que l’état métabolique individuel (santé, hormones, microbiote) joue un rôle énorme dans la composition corporelle et la gestion du poids.

Recherches et références

[1] Energy Value of Foods – Basis and Derivation. USDA (« United States Department of Agriculture« ) Agriculture Handbook No. 74, August 4th, 1955 (~108 pages) :

https://www.ars.usda.gov/arsuserfiles/80400535/data/classics/usda%20handbook%2074.pdf

Version légèrement révisée (février 1973, ~109 pages) :

https://www.ars.usda.gov/ARSUserFiles/80400525/Data/Classics/ah74.pdf

The classic investigations of Professor W. O. Atwater and his associates at the Storrs (Connecticut) Agricultural Experiment Station, about half a century ago, provided the basis used in this country for measuring the energy values of foods. The general caloric factors 4, 9, 4 derived from this work have gained widespread acceptance, and until recently they were used to calculate the calories shown in the official tables of food composition. When correctly applied, these general factors provide a satisfactory measure of the available energy in average diets and food supplies of this country.

[2] Theodorakis, N.; Kreouzi, M.; Pappas, A.; Nikolaou, M. Beyond Calories: Individual Metabolic and Hormonal Adaptations Driving Variability in Weight Management—A State-of-the-Art Narrative Review. Int. J. Mol. Sci. 2024, 25, 13438. https://doi.org/10.3390/ijms252413438

https://www.mdpi.com/1422-0067/25/24/13438#

The global rise in obesity underscores the need for effective weight management strategies that address individual metabolic and hormonal variability, moving beyond the simplistic “calories in, calories out” model.

Traditional weight management often hinges on the “calories in, calories out” model, a simple formula that suggests weight loss is as straightforward as burning more calories than consumed. While appealing due to its simplicity, this model has limitations, as initial success in weight loss often plateaus or reverses due to the body’s adaptive responses.

The carbohydrate–insulin model suggests that it is not just calorie quantity but also the type of calories that plays a crucial role.

[3] Byrne, N., Sainsbury, A., King, N. et al. Intermittent energy restriction improves weight loss efficiency in obese men: the MATADOR study. Int J Obes 42, 129–138 (2018). https://doi.org/10.1038/ijo.2017.206

https://www.nature.com/articles/ijo2017206

Greater weight and fat loss was achieved with intermittent ER. Interrupting ER with energy balance ‘rest periods’ may reduce compensatory metabolic responses and, in turn, improve weight loss efficiency.

En résumé: L’étude MATADOR (2018) a comparé une restriction énergétique intermittente (8 blocs de 2 semaines en restriction alternée avec 7 blocs de 2 semaines en équilibre énergétique) à une restriction continue chez des hommes obèses sur 16 semaines de restriction effective (30 semaines totales). Les résultats montrent une perte de poids et de masse grasse significativement plus importante avec l’approche intermittente (14.1kg vs 9.1kg en poids; 12.3kg vs 8.0kg en graisse), avec une réduction moindre de la dépense énergétique au repos ajustée à la composition corporelle, suggérant une atténuation des réponses adaptatives métaboliques. En conclusion, en coupant la restriction calorique par des pauses où tu manges normalement (périodes d’équilibre énergétique), tu perds plus de poids efficacement, parce que ton corps travaille moins à compenser avec sa fameuse thermogenèse adaptative.

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